sam. Jan 18th, 2020
Joao-Lourenço-dos-santos

Joao Lourenço

Joao Lourenço va-t-il ébrécher la fortune d’Isabel dos Santos ?

Alors que le bras de fer spectaculaire de 2018 entre le président Joao Lourenço et Isabel dos Santos semblait tomber dans les oubliettes

Alors que le bras de fer spectaculaire de 2018 entre le président Joao Lourenço et Isabel dos Santos semblait tomber dans les oubliettes, le gel des avoirs angolais de la femme la plus riche d’Afrique et la réclamation par la justice angolaise de plus de 1 milliard de dollars a remis de l’huile sur le feu. Estimée par Forbes à 2,3 milliards de dollars en 2019, la fortune de la femme d’affaires pourrait-elle en être affectée ?

Après la rencontre avec son homologue portugais en début de semaine, le ministre angolais des Affaires étrangères, Manuel Domingos Augusto, s’est satisfait du soutien du Portugal dans les poursuites engagées contre Isabel dos Santos, son époux Sindika Dokolo et leur conseiller financier portugais Mario da Silva. Entendant dérouler sa stratégie de lutte contre la corruption et de rupture avec l’opacité dans les affaires publiques, Luanda est confiant qu’avec l’aide de Lisbonne, l’Etat pourra récupérer le milliard de dollars qu’il accuse le couple d’avoir « détourné » dans le cadre d’affaires avec des entreprises publiques angolaises telles le pétrolier national Sonangol et le commerçant national des diamants Sodiam-, impliquant des entités portugaises liées au couple.

Le gel, le 30 décembre 2019, des avoirs angolais de la milliardaire par un tribunal de Luanda est tombé comme un coup de tonnerre dans le clan Dos Santos. Tout comme dans un entretien exclusif accordé à La Tribune Afrique en juillet 2018, Isabel dos Santos dénonce un « acharnement » aux motifs politiques et une lutte « sélective » contre la corruption. Mais le gouvernement, par la voix de son premier diplomate, continue d’affirmer selon Sapo« Ce n’est pas un acte isolé, il ne s’adresse à personne en particulier, mais à tous ceux qui n’ont pas adhéré à la possibilité que l’État a donnée lorsqu’il a établi la première loi sur le rapatriement librement consenti. […] Cette phase de la lutte contre la corruption est absolument nécessaire ».

« La fortune d’Isabel dos Santos est un mystère »

Depuis le Nouvel An, Isabel dos Santos communique comme jamais auparavant. Celle qui est restée longtemps loin des médias fait désormais des différentes plateformes -réseaux sociaux et presse- ses principales tribunes. Alors que Joao Lourenço est décidé à aller jusqu’au bout de sa démarche, à Luanda, on estime que ce n’est pas tant les pertes d’argent qui inquiètent la femme d’affaires. Le juriste Pedro Kaparakata, dans une interview accordée à Deutsche Welle Africa, estime que les avoirs angolais gelés ne représenteraient que des « cacahuètes » sur la fortune globale d’Isabel dos Santos.

Un avis partagé par une source universitaire contactée par LTA.

« En réalité, la fortune d’Isabel dos Santos est un mystère. On ne sait pas vraiment quel est son patrimoine. Ceci étant, il apparaît clairement que le gel de ses avoirs en Angola a vraiment déstabilisé Isabel dos Santos. Le problème pour elle n’est probablement pas d’ordre financier, parce qu’Isabel dos Santos doit avoir de l’argent pour ses enfants et deux ou trois générations après elle. C’est surtout sa réputation internationale qui est en jeu. A partir de maintenant, cela va être difficile de faire les affaires, tant pour elle que pour son mari Sindika Dokolo. Dans un contexte où les questions de ‘compliance’ sont de plus en plus importantes, des problèmes judiciaires pour corruption présumée représentent un coup dur pour ses business », explique notre source qui requiert l’anonymat.

Qui l’emportera ?

Pour nombre d’observateurs, il serait difficile pour Isabel dos Santos de gagner le bras de fer qui l’oppose au président LourençoD’ailleurs, interrogé en juillet 2018 par LTA, l’économiste angolais Carlos Rosado se montrait déjà ferme : « Je crois qu’elle […] va perdre cette bataille contre le gouvernement […] L’opinion publique angolaise […] sait que sa fortune a été bâtie sur la base de contrats publics sous le gouvernement de son père. Tout l’argent d’Isabel dos Santos provient des contrats publics, des affaires avec des entreprises publiques ».

Ce que la businesswoman réfute toujours avec véhémence comme dans une interview accordée lundi à La Libre, assurant recourir au crédit bancaire pour financer ses investissements : « Jusqu’à aujourd’hui mes projets portent une part de dettes bancaires importante. Je suis avant tout une femme d’affaires déterminée qui croit dans son pays, qui y a investi et pris de vrais risques. Ce qui m’arrive en est d’ailleurs la preuve ».

Au Portugal -autre fief du business d’Isabel dos Santos- où le ministre des Affaires étrangères Augusto Santos Silva, a souligné la coopération « à tous les niveaux » avec l’Angola, la femme d’affaires affiche de l’assurance, estimant que tous ses investissements y « ont fait l’objet du degré le plus élevé de vérification sur l’origine des fonds et sur leur situation fiscale ».

En attendant que la justice tranche définitivement, c’est la parole de l’un contre celle de l’autre. Le gouvernement se montre résolu. Même le fait que le président congolais Félix Tshisékédi aborde le sujet avec son homologue lors de sa visite à Luanda la semaine dernière n’a servi qu’à rassurer l’opinion de la non-ingérence de Joao Lourenço dans le processus judiciaire.

Depuis le début de ce bras de fer -qui a commencé avec l’éviction d’Isabel dos Santos de la tête de la Sonangol-, de nombreux observateurs estiment « normal » que la lutte contre la corruption en Angola commence par les membres de la famille de l’ancien président. Cependant, tous espèrent que la démarche du gouvernement ne se confinera pas aux enfants Dos Santos. D’ailleurs, la question pourrait se poser pour Joao Lourenço, dauphin de José Eduardo dos Santos et ancien ministre de la Défense.

« M. Lourenço peut avoir profité du système établi par José Eduardo dos Santos, mais il n’est pas connu comme étant parmi les plus riches d’Angola », remarque l’universitaire. « En même temps, on ne sait jamais, nuance-t-il. La logique serait que si un président de la République s’engage dans une telle lutte contre le système qui l’a précédé, c’est qu’il a très peu de choses à se reprocher ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

5 × deux =